Des scientifiques en fuite face à des politiques répressives
Depuis le retour au pouvoir de Donald Trump, l'administration américaine a pris des décisions drastiques qui ont conduit à la création d'un nouveau phénomène : celui des "réfugiés scientifiques". Plus de deux milliards de dollars de financements pour l'Université de Harvard ont été gelés, et près de neuf milliards destinés à d'autres institutions ont été annulés. Ces mesures ont incité de nombreux chercheurs à envisager de quitter les États-Unis.
Un sondage révélateur
Une enquête de la revue Nature menée l'année dernière a révélé que 75% des scientifiques interrogés envisageaient de quitter le pays à cause des politiques anti-scientifiques de l'administration Trump.
Le témoignage de Camille Parmesan
Parmi ceux qui envisagent de partir, des figures de proue de la recherche, dont la biologiste Camille Parmesan, connue pour ses travaux sur le changement climatique. Elle a été l'une des premières à documenter les effets de ce phénomène sur la faune dans les années 1990, en suivant le papillon damier d'Edith entre le Mexique et le Canada. Son article publié dans Nature est devenu une référence dans le domaine.
Camille Parmesan se définit aujourd'hui comme une "réfugiée scientifique" en Europe. Elle explique : "Le chemin a été long... J'ai l'impression d'avoir dû déménager plus d'une fois pour pouvoir exercer mon métier." Ancienne professeure à l'Université du Texas à Austin, elle a été contrainte de quitter son poste en raison de l'opposition de son département à ses travaux avec des ONG comme le WWF et le GIEC, qu'ils considéraient comme une distraction de son rôle de scientifique.
Un environnement hostile à la recherche
Lors d'une interview à Lausanne, elle a déclaré : "Quand j'ai essayé d'expliquer que je ne faisais pas de politique, mais que je conseillais les décideurs en m'appuyant sur des données scientifiques fiables, ça n'a pas été bien accueilli. J'ai donc décidé de quitter les États-Unis." Après quelques années en Grande-Bretagne, elle a cherché à revenir en Amérique, mais a constaté que les restrictions sur la recherche scientifique s'étaient intensifiées.
"Des collègues ont été empêchés de publier un article parce qu'il contenait les mots 'changement climatique'. On leur a interdit de parler aux médias. J'ai donc écarté les États-Unis", explique-t-elle.
Un accueil chaleureux en France
Ne souhaitant pas rester au Royaume-Uni, elle s'est tournée vers le Canada, mais le retrait des États-Unis de l'Accord de Paris par Trump a constitué un tournant. "Le président Macron a alors lancé son programme 'Make Our Planet Great Again'. J'ai levé la main et j'ai dit : 'Oui, moi, s'il vous plaît.'" Camille Parmesan a depuis pris la tête de la Station d’écologie théorique et expérimentale du CNRS en Ariège, au cœur des Pyrénées.
À 65 ans, elle vient de passer le relais et n'envisage pas de retourner aux États-Unis. "Maintenant, on a Trump 2, qui est comme Trump 1 sous stéroïdes : cent fois pire que ce qu'il faisait la première fois. Ses attaques se dirigent désormais vers toutes les universités et la science à tous les niveaux", affirme-t-elle.
Un environnement plus favorable en Europe
Camille Parmesan a trouvé en France un "refuge professionnel". "J'ai été bien accueillie, du local au national. Je n'avais jamais connu cela auparavant. C'est formidable d'être associée au travail des décideurs politiques", dit-elle. Sa rencontre avec Emmanuel Macron lors d'un dîner scientifique a été particulièrement inspirante. "Il a vraiment demandé aux scientifiques : 'Quels sont les plus grands défis en matière de biodiversité et d'écologie ?' Avoir ce genre d'échanges à un niveau élevé est exactement ce que je recherche."
Les conséquences des coupes dans la recherche
Les coupes budgétaires dans la recherche scientifique aux États-Unis pourraient coûter jusqu'à 1 000 milliards de dollars sur dix ans, selon une étude d'un groupe de réflexion indépendant. Les États-Unis risquent également de se retrouver à la traîne par rapport à d'autres puissances, notamment la Chine.
En réponse à cette crise, l'Union européenne investit 500 millions d'euros pour attirer des scientifiques étrangers. Cependant, Camille Parmesan met en garde : "Il est crucial pour l'Europe de repenser sa stratégie de recherche. Elle doit intégrer des domaines que l'on pensait être bien pris en charge par les États-Unis."
Une attaque contre la recherche
Le New York Times a récemment rapporté que Donald Trump a limogé les membres du conseil d'administration de l'organisme chargé de superviser le financement de la recherche scientifique, le National Science Board. Ces actions sont considérées comme une nouvelle attaque contre la recherche scientifique aux États-Unis, qui subit déjà des pressions depuis le retour au pouvoir de Trump.
La Fondation nationale pour la science (NSF), créée en 1950, finance des recherches allant de l'informatique quantique à la microbiologie. Elle a déjà perdu un tiers de sa main-d'œuvre à cause de licenciements ou de retraites forcées.
Conclusion
Le climat hostile à la science aux États-Unis soulève des inquiétudes croissantes chez les chercheurs, qui cherchent des environnements plus favorables à leur travail. Les témoignages de scientifiques comme Camille Parmesan illustrent la nécessité d'une réponse globale pour protéger la recherche et la science en tant que fondements de la société moderne.